Qu’est-ce qui a changé depuis ?

– Hassan Ismaili –


 J’aurais bien aimé en cette fin de l’année 2013, partager le même enthousiasme que ceux qui s’entêtent à ne voir que la moitié pleine du verre de ce que notre pays a cumulé en toute chose, mais je ne puis !Ce serait pour moi nier l’évidence et me noyer dans l’illusion et l’optimisme gratuitement béat.

 

 

En 2006 les jeunes diplômés chômeurs, coordination régionale de Béni Mellal, avec toute la foi inébranlable de leur âge, entamèrent une grève de la faim pour le droit au travail et à l’organisation qui dura plus de 40 jours.Beaucoup d’entre eux, pour qui rien n’a changé, se retrouvèrent aux premières lignes du mouvement 20 Février en 2011 engagé dans le même combat avec la même conviction et les mêmes problèmes auxquels se sont ajoutés tous les problèmes des mères et pères qu’ils sont devenus.

De jeunes parents vivant toujours dans la hantise de l’exclusion et torturés de voir leurs progéniture victime de la même épidémie et menacés par le même spectre, sans l’ombre d’aucun espoir. Qu’est-ce qui a changé depuis ? Qu’est-ce qui a été réalisé du jeune rêve de 2006?

 

 

Mohannad, ce jeune souffle du Sud marchant sur les pas de ses prédécesseurs pour le droit au travail n’est-il pas l’écho du temps marocain immuable ? N’est-il pas la preuve de l’impuissance qui s’installe en maitre absolu en nous étouffant toute volonté de s’arracher au passé, empêchant toute tentative de s’inscrire dans le présent et tout espoir de rêver de l’avenir ?

 

 

Cette scène des enseignants tabassés à plusieurs reprises dans les rues de la capitale, mais décidés malgré la violence de la répression et l’amertume de l’humiliation à crier les pieds nus leur colère et leur refus de leur condition, n’est-elle pas le langage le plus éloquent de ce corps en mal de vivre ?

 

 

Toute cette violence déployée contre les manifestants et les contestataires pacifistes, toutes ces inventions de preuves pour avorter les cris dans les gorges de pauvres paysans de montagnes soucieux de défendre leur terre et seule source de revenu contre la reptation de la mondialisation. Tout cela, et ce sans chercher à noircir le tableau, empêche de continuer à se nourrir d’illusion.

 

 

Le soleil brille –en principe– pour tout le monde; il ne brille toujours pas pour la culture (Chafik Shimi nous quitte pour d’autres cieux plus propices à la création), pour les malades, pour les sans gites, pour les chômeurs, pour les démunis de tout bord, pour les femmes violentées, pour les enfants transformés en objets sexuels licites, pour les chômeurs et les sans avenir, pour les cloitrés dans les geôles parce qu’ils refusent la compromission, pour les mères et les pères qui tentent vainement d’assurer aux leurs une vie meilleure que celle qu’ils ont menée…pour tous les damnés pour avoir rêvée de démocratie sous le ciel de mon pays!




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